Dans de nombreuses campagnes, les organisations proposent aujourd’hui des contributions modestes : quelques dollars ajoutés à un achat, un arrondi à la caisse, un don mensuel de faible montant. Ces pratiques, souvent appelées micro-dons, reposent sur l’idée que de petites contributions peuvent encourager davantage de personnes à participer.

La recherche en économie comportementale et en philanthropie suggère que les petits montants peuvent effectivement faciliter l’engagement. Cependant, les micro-dons ne fonctionnent pas dans tous les contextes et leur efficacité dépend souvent de la manière dont ils sont présentés.


Le coût psychologique

Au delà du coût économique, le don a aussi un coût psychologique pour le donateur. Plusieurs travaux montrent que les individus ne perçoivent pas toujours une décision financière de manière strictement rationnelle. L’économiste comportemental Richard Thaler a montré que les individus utilisent souvent des comptes mentaux (mental accounting) pour organiser leurs dépenses.

Dans ce cadre, un petit montant peut être perçu comme plus facile à accepter qu’un montant plus élevé, même si la différence réelle reste limitée.

Cette perspective suggère que les micro-dons peuvent réduire la barrière psychologique à l’action. Néanmoins, la recherche indique aussi que l’effet dépend du contexte et du public visé (Thaler, 1985).


La participation comme motivation

Les chercheurs en philanthropie ont également observé que les individus donnent parfois non seulement pour produire un impact concret, mais aussi pour participer à une cause.

L’économiste James Andreoni a proposé le concept de “warm-glow giving”, selon lequel les individus retirent une satisfaction personnelle du fait de contribuer. Dans cette perspective, les petits dons peuvent faciliter la participation d’un plus grand nombre de personnes (Andreoni, 1990).


Les limites des micro-dons

Si les micro-dons peuvent encourager la participation, ils présentent aussi certaines limites.

Certaines études suggèrent que proposer des montants très faibles peut influencer les contributions vers le bas. En économie comportementale, ce phénomène est parfois lié à l’effet d’ancrage : lorsqu’un montant suggéré est bas, il peut orienter la perception de ce qui constitue un don approprié.

Autrement dit, les petits montants peuvent favoriser la participation, mais ils ne garantissent pas toujours un financement optimal (Shang, 2009).



Appliquez ces 3 principes dans votre organisation

Réduire la barrière d’entrée

Dans plusieurs contextes, la première difficulté pour une personne n’est pas nécessairement la volonté d’aider, mais le passage à l’action. Entre l’intention de soutenir une cause et le geste concret de contribuer, il existe souvent une forme de friction : le montant demandé peut sembler trop élevé, l’engagement peut paraître trop important, ou la personne peut simplement hésiter à faire un premier pas.

Proposer des contributions accessibles peut encourager certaines personnes à s’engager pour la première fois. Dans certains contextes, de petits montants peuvent faciliter cette première participation.


Relier chaque contribution à un résultat concret

Comme nous l’avons vu dans d’autres articles sur ce blogue, la perception de l’impact joue un rôle important dans la motivation à soutenir une cause. Les individus ont souvent besoin de sentir que leur geste contribue à quelque chose de concret : une activité réalisée, un service offert ou un changement observé dans une communauté. Même pour de petits montants, expliquer ce qu’une contribution permet de soutenir peut aider les individus à percevoir l’impact de leur participation.


Montrer l’impact collectif

Lorsqu’une organisation montre comment plusieurs gestes s’additionnent pour soutenir un projet, une activité ou un programme, elle permet de transformer une contribution isolée en une action collective.

Par exemple, certaines organisations choisissent de présenter les résultats de manière cumulative : nombre de participants mobilisés, progression d’un objectif commun ou réalisation d’un projet rendu possible grâce à la participation de nombreux individus. Ce type de représentation peut aider à illustrer comment de petites contributions peuvent, ensemble, soutenir des initiatives plus larges.




En conclusion, les micro-dons illustrent bien la complexité des comportements philanthropiques. Les recherches suggèrent que les petits montants peuvent parfois faciliter l’engagement en réduisant certaines barrières psychologiques et en favorisant la participation. Cependant, ces stratégies ne fonctionnent pas de manière uniforme. Leur efficacité dépend du contexte, du public et de la manière dont les campagnes sont conçues.

Dans plusieurs situations, l’enjeu n’est donc pas seulement le montant proposé, mais la manière dont une organisation invite les individus à participer à une cause.



Références :

Andreoni, J. (1990). Impure Altruism and Donations to Public Goods. The Economic Journal.

Shang, J., & Croson, R. (2009). A Field Experiment in Charitable Contribution. The Economic Journal.

Thaler, R. (1985). Mental Accounting and Consumer Choice. Marketing Science.



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Si votre organisation réfléchit à la manière de mieux raconter son impact, de structurer son message ou de mobiliser autour de sa mission, le formulaire au bas de cette page est disponible pour amorcer une discussion.

Elise Bernier-Samuel

Comment on raconte ? Et pourquoi ça compte.

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Philanthropie | Développement des affaires et communications | Maîtrise en sciences de l’administration (en cours)

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