Le nous.
Photographie : Élise Bernier-Samuel ©
L’art d’une culture qui nous unit.
Ces derniers temps, le livre qui dort auprès de moi sur la table de chevet est celui de Samuel Veissière, Homo fragilis : Aux origines évolutives de la fragilité humaine.
L’enseignant-chercheur en anthropologie pense la culture comme une matrice de perception, d’attention et de sens partagé. Veissière et ses co-auteurs cherchent à expliquer comment des habitudes, des normes et des attentes partagées s’acquièrent et se maintiennent dans de grands ensembles sociaux. Le cœur de l’idée? La culture façonne des régimes partagés d’attention, d’anticipation et de comportement.
Le sens et un cadre partagé
Une culture forte ne transmet pas seulement du sens, mais augmente la portée de ce qui est déjà là. Elle communique ce qui nous rend fiers et ce qui nous motive à faire ce que nous faisons. Les individus ne font pas que recevoir un message, mais s’inscrivent progressivement dans un monde d’hypothèses, de valeurs, d’interprétations et de comportements partagés.
La culture ne fait pas qu’entourer l’expérience, elle la façonne
L’expérience n’est jamais purement individuelle. Ce que les gens vivent, comprennent et retiennent est en partie produit par l’environnement culturel qui les entoure.
On dit souvent que dans le couple, il y a le moi, le toi, et le nous. Bien qu’intime, ce concept se transfère aussi au sein d’une équipe, d’un département ou d’une institution, la question n’est jamais seulement de rassembler des individus compétents autour d’objectifs communs. Elle est aussi de faire émerger ce troisième espace, plus subtil, mais essentiel : le nous.
Un nous qui ne gomme pas les singularités et ne cherche pas à uniformiser, mais qui permet plutôt à chacun de se situer dans quelque chose de plus vaste que lui-même.
Le pouvoir de la narration
Selon Veissière, un récit commun peut reconfigurer l’identité. Un cadre narratif partagé peut transformer la manière dont des individus interprètent leur expérience et, ultimement, leur identité. Les communications ne servent pas seulement à transmettre des messages, mais à installer un cadre de lecture commun. À force de repères cohérents, de mots justes et de récits crédibles, elles permettent à chacun de relier son expérience à quelque chose de plus vaste que sa seule fonction. C’est souvent ainsi qu’un collectif commence, peu à peu, à se percevoir comme un “nous”.
La communication stratégique intervient ici comme un artisanat du “nous”. Elle fournit des repères communs (ce qui compte, ce qui nous rassemble, ce qui est attendu), et elle peut nourrir une culture émotionnelle plus positive telle que le sentiment de fierté, lorsque les messages sont cohérents, dialogiques, et incarnés dans des pratiques.
Références :
Samuel Veissière, Homo fragilis : Aux origines évolutives de la fragilité humaine, 2025.
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